La fondation officielle de notre syndicat a eu lieu
le 22 mai 1942 aux États-Unis. Elle provient
d’une longue lutte engagée au tournant
du siècle pour l’implantation du syndicalisme
industriel. En 1936, le Comité de recrutement
de Métallurgistes (SWOC) est fondé pour
tenter de syndiquer les travailleurs de la sidérurgie.
Dès cette année, on assiste à
une première tentative auprès des travailleurs
de la compagnie Stelco sur la rue Notre-Dame à
Montréal. Ce sera la fondation de la section
locale 1195.
Au début, les grandes batailles sont menées
pour faire reconnaître l’existence même
de notre syndicat dans les mines et dans le secteur
de la métallurgie. Dans les années ’40,
les Métallos recrutent les travailleurs des
compagnies Dosco, Dominion Bridge, General Steel Wire,
Crane et Singer. C’est durant ces années
que le système d’évaluation conjointe
des salaires (ECS) est mis au point par le Syndicat
des Métallos. Ce dernier l’implante progressivement
dans les usines qu’il syndique. C’est
ainsi que les travailleurs ont pu connaître
un traitement plus équitable face aux injustices
dont ils étaient victimes dans la structure
des salaires; Cela a été le cas dès
1945 pour les travailleurs de Dominion Bridge à
Lachine. La conquête d’un pouvoir d’achat
accru a aussi été au premier rang des
objectifs et des réalisations des Métallos.
Des années de syndicalisation
À la fin des années ’50 et au
cours des années ’60, les grandes campagnes
de recrutement se poursuivent : Montreal Locomotive
Work, Federated Metal, Warden King, Ingersoll Rand,
les mineurs de la Côte-Nord, du Nord-Ouest,
de l’amiante, les mineurs et travailleurs des
usines de la compagnie Noranda.
La grève de Murdochville en 1957 a un impact
considérable sur le mouvement syndical québécois
et toute la société québécoise.
Cette campagne pour la reconnaissance du syndicat
que les travailleurs avaient démocratiquement
choisi joue un rôle de premier plan dans le
renforcement de la FTQ telle qu’on la connaît
aujourd’hui. Elle amène des changements
majeurs dans le Code du travail au Québec et
se traduit après 15 ans de lutte par une victoire
du Syndicat des Métallos. La campagne de recrutement
avait commencé en 1952 et l’accréditation
a été obtenue en 1966.
Les Métallos au cœur
des bouleversements des années ’60
Les années ’60 marquent aussi le début
de changements majeurs dans le domaine des relations
de travail. En 1963, les mineurs de Solbec font une
grève historique sur la retenue de la cotisation
syndicale. Les Métallos devaient « collecter
à la mitaine » la cotisation syndicale
auprès de chaque travailleur à chaque
mois. C’est aussi à cette époque
que s’intensifie la lutte des Métallos
pour négocier en français. Ils réclament
également l’accréditation multipatronale
dès 1965. Elle deviendra une revendication
importante de la FTQ. À la fin des années
’60, les Métallos créent un Fonds
de grève et de défense international.
Il est conforme à l’histoire de dire
que les Métallos ont été dans
les premiers rangs des pionniers de la FTQ. La formation
syndicale en est un bon exemple. Ce sont les Métallos
qui ont mis sur pied un programme structuré
de formation. Les Métallos ont été
les premiers à introduire le cours de communication.
Un peu plus tard, les Métallos jouent un rôle
central dans la mise sur pied du programme de formation
des formateurs et des formatrices à la FTQ.
En 1961, dans la foulée des bouleversements
que connaît la société québécoise,
les Métallos du Québec obtiennent leur
propre district. En 1965, les Métallos québécois
se dotent d’une assemblée annuelle où
le directeur québécois des Métallos
présente un rapport et suggère les orientations
pour l’année qui vient. C’est le
seul syndicat au Québec dont le directeur est
élu au suffrage universel. Les Métallos
québécois mettent sur pied des services
techniques comme la formation, la santé sécurité,
l’étude conjointe des salaires (ECS)
et l’information C’est durant cette période
qu’apparaît « Le Métallo
», le journal de notre syndicat au Québec.
C’est intéressant de noter qu’il
tire son origine du bulletin qu’ont publié
les métallos lors de la grève de huit
semaines des travailleurs de la mine Manitou Barvue
à Val d’Or au cours de l’hiver
1963. Cette grève a témoigné
également du réveil de la solidarité
syndicale chez les mineurs du Nord-Ouest.
Faire reculer les droits
de la direction
Les années ’70 ont été
marquées par une combativité et une
expansion telle du Syndicat des Métallos qu’il
a été capable de créer le rapport
de force suffisant pour faire reculer les fameux droits
de la direction. Pensons aux clauses sur la sous-traitance
ou le droit de rappel avec le respect de l’ancienneté
qui ont été incluses dans plusieurs
des conventions collectives.
Le Syndicat des Métallos a été
le premier syndicat à se battre et à
obtenir l’inclusion dans les conventions collectives
de clauses touchant la création de comités
en santé sécurité. Les luttes,
les revendications et les grèves des Métallos
sur la santé sécurité ont entraîné
l’adoption de la loi 17 en santé sécurité
par le Gouvernement du Parti Québécois.
Cette loi accorde le droit de refuser d’accomplir
un travail considéré dangereux. Pensons
aux grèves des Métallos de la MLW à
Montréal, de Sidbec-Dosco, d’Union Carbide
à Beauharnois, des métallos du secteur
de l’amiante, aux négociations des Métallos
sur la Côte-Nord et à bien d’autres.
En ce qui a trait à l’information, les
Métallos jouent un rôle d’avant-garde
en faisant la promotion de l’information au
niveau local. Le nombre de journaux locaux s’accroît
de façon significative. C’est le seul
syndicat à connaître un tel dynamisme
en information
C’est de cette époque que datent les
dures luttes pour faire rouvrir nos conventions collectives
afin de contrer l’inflation galopante. Les Métallos
de la Côte-Nord en particulier font preuve d’une
très grande combativité. Lorsque les
chefs syndicaux ont été emprisonnés
en 1972, les Métallos ont débrayé
à la grandeur du Québec. Nous avons
d’ailleurs été un des syndicats
les plus militants. Cela demandait un sens de la solidarité
très développé car les chefs
syndicaux avaient été emprisonnés
à cause d’un conflit dans le secteur
public. C’est lors de l’assemblée
annuelle de 1970 à Sept-Îles que les
Métallos québécois se donnent
un outil supplémentaire de lutte avec la création
d’un Fonds de grève québécois.
C’est aussi l’époque où
nous développons la formule des syndicats locaux
composés.
Ce sont également les Métallos qui
mènent la lutte dans le secteur de l’amiante.
La grève de 1975 sur la salubrité force
le gouvernement à adopter la loi 52 où
on introduit la notion de retrait préventif
avec pleine compensation pour les travailleurs atteints
de l’amiantose.
Enfin, c’est à cette époque que
les Métallos se prononcent en faveur de la
souveraineté du Québec.
La récession de 1980
Les années ’80 sont marquées
par un sévère récession. En une
seule année, le Syndicat des Métallos
perd le tiers de ses effectifs. Nous assistons à
des fermetures de mines de fer sur la Côte-Nord
et de villes entières comme Schefferville et
Gagnon. Le syndicat réagit en renouant avec
les grandes campagnes de syndicalisation. C’est
la période de la syndicalisation des 14,000
agents de sécurité et d’une percée
significative dans le secteur de l’hôtellerie
et de la restauration. C’est au cours de ces
années que débute la grande campagne
de syndicalisation des chauffeurs de taxi.
C’est aussi la grande bataille pour empêcher
le bannissement international de l’amiante.
Grâce à la ténacité des
Métallos québécois et à
leurs liens internationaux, cette lutte a permis de
sauver cette industrie.
Soulignons enfin la réflexion et les batailles
qu’entreprennent les Métallos au sujet
des changements technologiques.
La réorganisation du travail
des années ’90
Au début des années ’90, le Syndicat
des Métallos met l’emphase sur les changements
qui s’annonçaient pour la dernière
décennie du siècle. Le thème
de l’assemblée annuelle de 1990 était
« Ne pas rater le virage de l’an 2000
». La réorganisation du travail fut donc
une préoccupation centrale lors de cette décennie.
La réflexion sur les nouvelles approches patronales
s’était enclenchée à la
fin des années’80. Les Métallos
développaient déjà leurs stratégies
tant sur les méthodes de gestion que sur les
processus de production dont nos milieux de travail
qui étaient la proie d’expérimentations
diverses de la part des employeurs. La « Qualité
totale », la « Gestion participative »,
le « Juste à temps », la «
Participation aux profits » et les « Programmes
d’aide aux employés » en étaient
les principaux défis. Cela nous mène
au colloque sur la réorganisation du travail
en 1992. Les délégués métallos
ont décidé de relever le défi
du changement malgré le risque que comportait
l’introduction d’une plus grande flexibilité
dans les tâches. Le contexte économique
l’obligeait. Ils décidèrent que
cela ne devait pas se faire à n’importe
quel prix. Pour empêcher que l’employeur
ne procède de façon unilatérale,
les syndicats locaux devaient être impliqués
et négocier les changements.
Toujours dans la même foulée, un énoncé
de politique et un plan d’action sur la formation
de la main d’œuvre est adopté lors
de l’assemblée annuelle de 1995.
C’est à la fin des années’90
que s’amorce le recrutement des chauffeurs de
camions. Les changements intervenus sur le marché
du travail amènent le Syndicat des Métallos
à s’ajuster et à prendre résolument
le tournant de la syndicalisation des travailleurs
autonomes.
En information, le Syndicat des Métallos se
démarque une autre fois. L’année
1990 marque l’implantation d’un projet
de correspondants et correspondantes qui s’est
consolidé par la suite. Le syndicat forme des
membres afin qu’ils collaborent aux publications
officielles du syndicat, offrent de l’aide en
information aux sections locales et s’impliquent
dans le volet information des campagnes de recrutement.
En ce qui a trait aux services techniques, soulignons
qu’un responsable à la recherche s’installe
est définitivement au Québec.
Les années 2000, le défi
de la mondialisation
Ce que les années ’40 et ’50 étaient
à la reconnaissance syndicale au Québec,
le début du 21e siècle est celui d’une
solidarité internationale accrue. Devant le
phénomène de la mondialisation, le Syndicat
des Métallos devient un chef de file du mouvement
de résistance. La preuve est faite lors de
la grande manifestation du Sommet des peuples en avril
2001. Le logo bleu y était omniprésent.
Notre syndicat innove en instituant une Commission
d’enquête sur le comportement des entreprises
dans les Amériques. Les Métallos sont
conscients que les employeurs ne se comportent pas
de la même façon au Québec et
dans les pays du Sud.
Les militants et militantes continuent à réfléchir
sur cette réalité lors des deux dernières
assemblées annuelles. Ils exigent le respect
intégral des droits syndicaux et du travail
et la primauté des droits humains et collectifs
sur les accords commerciaux. Le respect de l’environnement
et le partage des richesses font également
partie des revendications mises de l’avant par
le Syndicat des Métallos.
Les années 2000 seront donc des années
charnières dans l’établissement
de liens permanents avec les travailleurs et les peuples
du Sud.
Enfin, notons que le District 5 se dote d’un
service juridique, d’un service de l’équité
salariale et d’un service de la solidarité
internationale.