Le lockout chez ABI a fait perdre jusqu'ici
- $ à Hydro-Québec
Tous les Québécois paient pour cela.
Le syndicat veut négocier.
Mais le compteur tourne....

Alcoa exige toujours plus malgré les coûts de main-d’œuvre les plus bas

Publié : 10/10/2018

Trois-Rivières, le mercredi 10 octobre 2018 – La direction d’Alcoa montre clairement qu’elle ne veut pas régler le conflit de travail, constate le Syndicat des Métallos. L’usine d’ABI à Bécancour a beau être celle d’Alcoa où les coûts de main-d’œuvre sont les moins élevés par tonne d’aluminium en Amérique du Nord, cela ne suffit pas pour Alcoa, qui formule même de nouvelles demandes de concession après 9 mois de lockout, en plus de ce qu’elle demandait déjà en janvier dernier.

Voilà le constat qui s’impose après 9 mois de conflit. Le médiateur spécial Lucien Bouchard a   lui‑même dû se rendre à l’évidence la semaine dernière en annonçant une suspension de la médiation. Pourtant, la section locale a démontré de l’ouverture, sans trouver de réponse équivalente de la part de la compagnie. Les représentants syndicaux ont fait le point hier soir avec les membres réunis en assemblée générale à Trois-Rivières.

« À plusieurs reprises au cours de la négociation, Alcoa a même monté encore plus haut la barre des concessions exigées des travailleurs. La compagnie cherche à refiler aux travailleurs la mauvaise décision de déclencher un lockout. Mais la réalité, c’est que les coûts de main-d’œuvre par tonne sont plus bas chez ABI que dans n’importe quelle autre usine d’Alcoa en Amérique du Nord, moins élevés qu’à l’usine non syndiquée de Deschambault et à l’autre usine syndiquée de Baie-Comeau. S’il y a un poste budgétaire qui est trop élevé, il faut plutôt regarder du côté de l’électricité », fait valoir le président de la section locale 9700 d’ABI, Clément Masse.

Pour produire une tonne d’aluminium, il en coûte 142,90 $, soit le coût le moins élevé parmi    toutes    les usines en Amérique du Nord. En comparaison, c’est 145,30 $ à l’Aluminerie de Deschambault et 157,60 $ à celle de Baie-Comeau.

« Même si les coûts de main-d’œuvre étaient réduits de moitié, cela ne compenserait pas les coûts d’électricité qui sont plus élevés à Bécancour que dans les deux autres usines d’Alcoa. ABI tente de mettre sur le dos de ses travailleurs et travailleuses en lockout les conséquences de sa propre incompétence à négocier les tarifs d’électricité avec le gouvernement du Québec », déplore Clément Masse.

 

Coûts par tonne pour les usines d’Alcoa au Québec

Usine

Coût de main-d’œuvre/tonne

Coût d’énergie/tonne

Coût total d’affaire/tonne

Bécancour

142,90 $

406,90 $

1376,00 $

Deschambeault

145,30 $

325,00 $

1251,00 $

Baie-Comeau                

157,60 $

273,40 $

1314,00 $

Source : Compilation Commodities Research Unit, 2016

 

Un entêtement coûteux

Le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, s’étonne de voir ainsi Alcoa se fermer à  une  vraie négociation. « La partie devant nous n’agit pas rationnellement. Des personnes extérieures pourraient penser que ce lockout est un investissement pour Alcoa qui espère faire des gains à moyen et long terme dans la convention collective. Mais le hic, c’est qu’il n’y a aucun scénario possible où les concessions des travailleurs vaudraient la peine devant l’ampleur des coûts du lockout », explique le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau.

Ce dernier s’est rendu à Pittsburgh cet été rencontrer les hauts dirigeants d’Alcoa, dans l’espoir de dénouer le lockout qui perdure depuis le 11 janvier dernier. « Lorsqu’on souhaite un règlement, on écoute l’autre, on sait saisir des ouvertures et on se montre ouvert à faire un bout de chemin quand l’autre partie bouge dans ses positions. Alcoa n’a rien fait de tout ça. C’est comme si les vrais enjeux n’étaient pas à la table de négociations », note Alain Croteau.

Une partie de l’explication pourrait se trouver du côté du prix élevé de l’alumine, alors que les difficultés d’une raffinerie d’alumine au Brésil de Norsk Hydro, un des fournisseurs importants d’Alcoa, ont fait monter le coût de la matière première. L’autre demeure probablement du côté des coûts de l’énergie, plus élevés dans le Centre-du-Québec que dans les autres usines québécoises. 

« Alcoa et Rio Tinto prennent en otage les travailleurs et la région. Nous allons accentuer la pression. Les actionnaires, les marchés financiers, les administrateurs, tous doivent réaliser combien irrationnel est ce conflit de travail », ajoute Alain Croteau.

Les 1030 syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour ont été mis en lockout le 11 janvier dernier par  Alcoa et Rio Tinto. Les négociations achoppaient sur le financement du régime de retraite et le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre. Soulignons que le conflit a privé à ce jour Hydro-Québec de revenus de plus 164 millions, en électricité gaspillée et non payée, puisque la compagnie a eu recours à la clause de « force majeure » pour se soustraire à ses obligations.