Historique

Historique des métallos québécois

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Le syndicalisme industriel est né dans le dénuement et la pauvreté

Jean Gérin-Lajoie, Les Métallos 1936-1981

Une histoire de courage

1940

Les débuts

La fondation officielle du Syndicat des Métallos a eu lieu le 22 mai 1942 aux États-Unis. Elle provient d’une longue lutte engagée au tournant du siècle pour l’implantation du syndicalisme industriel. En 1936, le Comité de recrutement de Métallurgistes (SWOC) est fondé pour tenter de syndiquer les travailleurs de la sidérurgie. Dès cette année, on assiste à une première tentative auprès des travailleurs de la compagnie Stelco sur la rue Notre-Dame à Montréal. Ce sera la fondation de la section locale 1195.
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Au début, les grandes batailles sont menées pour faire reconnaître l’existence même de notre syndicat dans les mines et dans le secteur de la métallurgie. Dans les années 1940, les Métallos recrutent les travailleurs des compagnies Dosco, Dominion Bridge, General Steel Wire, Crane et Singer. C’est durant ces années que le système d’évaluation conjointe des salaires (ECS) est mis au point. Le syndicat l’implante progressivement dans les usines qu’il syndique. C’est ainsi que les travailleurs ont pu connaître un traitement plus équitable face aux injustices dont ils étaient victimes dans la structure des salaires. Cela a été le cas dès 1945 pour les travailleurs de Dominion Bridge à Lachine. La conquête d’un pouvoir d’achat accru a aussi été au premier rang des objectifs et des réalisations du Syndicat des Métallos.

1950

Dans les années 1950, le Syndicat prend racine au Québec... et à Murdochville!

Au début des années 1950 et au cours des années 1960, les grandes campagnes de recrutement se poursuivent : Montreal Locomotive Work, Federated Metal, Warden King, Ingersoll Rand, les mineurs de la Côte-Nord, du Nord-Ouest, de l’amiante, les mineurs et travailleurs des usines de la compagnie Noranda. C’est aussi l’époque où le Syndicat des Métallos commence à s’implanter dans les régions du Québec.
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La grève de Murdochville en 1957 a un impact considérable sur le mouvement syndical québécois et toute la société québécoise. Cette campagne pour la reconnaissance du syndicat que les travailleurs avaient démocratiquement choisie joue un rôle de premier plan dans le renforcement de la FTQ telle qu’on la connaît aujourd’hui. Elle amène des changements majeurs dans le Code du travail au Québec et se traduit après 15 ans de luttes par une victoire du Syndicat des Métallos. La campagne de recrutement avait commencé en 1952 et l’accréditation a été obtenue en 1966.

1960

Les Métallos au cœur des bouleversements des années 1960

Les années 1960 marquent aussi le début de changements majeurs dans le domaine des relations de travail. En 1963, les mineurs de Solbec font une grève historique sur la retenue de la cotisation syndicale. Les métallos devaient « collecter à la mitaine » la cotisation syndicale auprès de chaque travailleur à chaque mois. C’est aussi à cette époque que s’intensifie la lutte du Syndicat des Métallos pour négocier en français. Ils réclament également l’accréditation multipatronale dès 1965. Elle deviendra une revendication importante de la FTQ. À la fin des années 60, les métallos créent un Fonds de grève et de défense international.
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Le Syndicat des Métallos met sur pied un programme structuré de formation. Il introduit le cours de communication. Un peu plus tard, il joue un rôle central dans la mise sur pied du programme de formation des formateurs et formatrices à la FTQ.

En 1961, dans la foulée des bouleversements que connaît la société québécoise, les métallos du Québec obtiennent leur propre district. En 1965, ils se dotent d’une assemblée annuelle où le directeur québécois du Syndicat des Métallos présente un rapport et suggère les orientations pour l’année qui vient. C’est le seul syndicat au Québec dont le directeur est élu au suffrage universel.

Ils mettent sur pied des services techniques comme la formation, la santé sécurité, l’étude conjointe des salaires (ECS) et l’information. C’est durant cette période qu’apparaît « Le Métallo », le journal de notre syndicat au Québec. C’est intéressant de noter qu’il tire son origine du bulletin qu’ont publié les métallos lors de la grève de huit semaines des travailleurs de la mine Manitou Barvue à Val d’Or au cours de l’hiver 1963. Cette grève a témoigné également du réveil de la solidarité syndicale chez les mineurs du Nord-Ouest.

1970

Faire reculer les droits de la direction dans les années 1970

Les années 1970 ont été marquées par une combativité et une expansion telle du Syndicat des Métallos qu’il a été capable de créer le rapport de force pour faire reculer les fameux droits de la direction. Pensons aux clauses sur la sous-traitance ou le droit de rappel avec le respect de l’ancienneté qui ont été incluses dans les conventions collectives.
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Le Syndicat des Métallos a été un des premiers syndicats à obtenir l’inclusion dans les conventions collectives de clauses touchant la création de comités en santé sécurité. Les luttes, les revendications et les grèves sur la santé sécurité ont entraîné l’adoption de la Loi 17 en santé sécurité par le gouvernement du Parti Québécois. Cette loi accorde le droit de refuser d’accomplir un travail considéré dangereux. Pensons aux grèves chez MLW à Montréal, de Sidbec-Dosco, Union Carbide à Beauharnois, dans le secteur de l’amiante, aux négociations sur la Côte-Nord et à bien d’autres.

En ce qui a trait à l’information, le syndicat joue un rôle d’avant-garde en faisant la promotion de l’information locale. Le nombre de journaux locaux s’accroît de façon significative.

C’est de cette époque que datent les dures luttes pour faire rouvrir nos conventions collectives afin de contrer l’inflation galopante. Les métallos sur la Côte-Nord en particulier font preuve d’une très grande combativité. Lorsque les chefs syndicaux ont été emprisonnés en 1972, les métallos ont débrayé à la grandeur du Québec. Cela demandait un sens de la solidarité très développé car les chefs syndicaux avaient été emprisonnés à cause d’un conflit dans le secteur public. C’est lors de l’assemblée annuelle de 1970 à Sept-Îles que les métallos québécois se donnent un outil supplémentaire de lutte avec la création d’un fonds de grève québécois. C’est aussi l’époque où le syndicat développe la formule des syndicats locaux composés.

Ce sont également eux qui mènent la lutte dans le secteur de l’amiante. La grève de 1975 sur la salubrité force le gouvernement à adopter la Loi 52 où on introduit la notion de retrait préventif avec pleine compensation pour les travailleurs atteints de l’amiantose.

Enfin, c’est à cette époque que le Syndicat des Métallos se prononce en faveur de la souveraineté du Québec. Lors de sa première sortie publique, le nouveau premier ministre René Lévesque s’est rendu à l’assemblée annuelle du Syndicat des Métallos à Fermont en 1976.

1980

La récession de 1980

Les années 1980 sont marquées par une sévère récession. En une seule année, le Syndicat des Métallos perd le tiers de ses effectifs. Nous assistons à des fermetures de mines de fer sur la Côte-Nord et de villes entières comme Schefferville et Gagnon.
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Le syndicat réagit en renouant avec les grandes campagnes de syndicalisation. C’est la période de la syndicalisation des 14 000 agents de sécurité et d’une percée significative dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration. C’est au cours de ces années que débute la grande campagne de syndicalisation des chauffeurs de taxi.

1990

La réorganisation du travail des années 1990

Au début des années 90, le Syndicat des Métallos met l’emphase sur les changements qui s’annoncent pour la dernière décennie du siècle. Le thème de l’assemblée annuelle de 1990 est « Ne pas rater le virage de l’an 2000 ». La réorganisation du travail fut donc une préoccupation centrale lors de cette décennie.
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La réflexion sur les nouvelles approches patronales s’était enclenchée à la fin des années 1980. Le Syndicat des Métallos développait déjà ses stratégies tant sur les méthodes de gestion que sur les processus de production. Nos milieux de travail étaient la proie d’expérimentations diverses de la part des employeurs. La « Qualité totale », la « Gestion participative », le « Juste à temps », la « Participation aux profits » et les « Programmes d’aide aux employés » en étaient quelques-uns des défis. Les délégués métallos lors du colloque sur la réorganisation du travail en 1992 ont décidé de relever le défi du changement, malgré le risque que comportait l’introduction d’une plus grande flexibilité dans les tâches. Le contexte économique l’obligeait. Ils décidèrent que cela ne devait pas se faire à n’importe quel prix. Pour empêcher que l’employeur ne procède de façon unilatérale, les syndicats locaux devaient être impliqués et négocier les changements.

Toujours dans la même foulée, un énoncé de politique et un plan d’action sur la formation de la main-d’œuvre sont adoptés lors de l’assemblée annuelle de 1995.

C’est à la fin des années 1990 que s’amorce le recrutement des chauffeurs de camion. Les changements intervenus sur le marché du travail amènent le Syndicat des Métallos à s’ajuster et à prendre résolument le tournant de la syndicalisation des travailleurs autonomes.

En information, le Syndicat des Métallos se démarque. L’année 1990 marque l’implantation d’un projet de correspondants et correspondantes qui s’est consolidé par la suite. Le syndicat forme des membres afin qu’ils collaborent aux publications officielles du syndicat, qu'ils offrent de l’aide en information aux sections locales et qu'ils s’impliquent dans le volet information des campagnes de recrutement. Le syndicat continue de donner un cours de base en information pour les sections locales.

En ce qui a trait aux services techniques, soulignons qu’un responsable à la recherche s’installe définitivement au Québec.

2000

Plan Nord et politique industrielle dans les années 2000

Les efforts de recrutement déployés depuis la crise économique des années 1980 commencent à porter fruits : la base de travailleurs de Métallos est plus diversifiée que jamais. Une majorité des membres fait maintenant partie de sections locales composées, qui regroupent des travailleurs de plusieurs milieux.
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Les Métallos continuent de réclamer une politique industrielle cohérente, pour assurer une relance du secteur manufacturier, qui connaît un déclin inquiétant depuis le début des années 2000. Alors que le gouvernement annonce son Plan nord, les Métallos militent pour un projet qui bénéficiera à l’ensemble de la société. Ils demandent des prises de participations de l’État dans les grands projets miniers et davantage de transformation des matières premières, pour maximiser les retombées économiques. La nouvelle Loi sur les mines permet d’ailleurs au gouvernement du Québec d’exiger des efforts de transformation locale de la part des entreprises minières, comme le revendiquaient les Métallos.

2010

Une décennie de luttes en 2010

À la veille de l’an 2012, 780 travailleurs de l’aluminerie d’Alma sont mis sauvagement en lockout par Rio Tinto Alcan. Une mobilisation à la fois régionale, nationale et internationale se met en branle dans la foulée des efforts du syndicat pour développer une solidarité au-delà des frontières et des bannières. Celle-ci se révèle lors de la manifestation du 31 mars, lorsque 8000 personnes prennent la rue dans cette communauté de 30 000 âmes, parmi lesquelles on trouvait des représentants de plusieurs syndicats sur la planète. Le conflit se termine le 5 juillet 2012 et le syndicat réussit à limiter la sous-traitance pour préserver des emplois de qualité pour les prochaines générations.
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Coup de tonnerre l’année suivante, l’explosion d’un train de la Montréal, Maine & Atlantic souffle une partie du centre-ville de Lac-Mégantic, fauchant les vies de 47 personnes. Deux travailleurs de la MMA, membres du Syndicat des Métallos, sont accusés de négligence criminelle. Ils servent de boucs émissaires, alors que les dirigeants de la compagnie et le gouvernement fédéral, qui n'ont su faire respecter des normes strictes de sécurité, ne sont pas inquiétés.

C’est avec cette injustice en tête que les Métallos abordent les élections fédérales de 2015. Outre la déréglementation qui a mené à la tragédie de Mégantic, les Métallos redoutent les mesures antisyndicales et les politiques de droite du gouvernement de Stephen Harper. Ils mettent l’épaule à la roue pour renvoyer les conservateurs sur les banquettes arrière aux élections du 19 octobre 2015.

En 2015 et 2016, les employeurs multiplient les attaques contre les régimes de retraite à prestations déterminées, en tentant d’imposer des clauses orphelin. Ces clauses consistent à imposer des conditions moins avantageuses aux travailleurs nouvellement embauchés, généralement plus jeunes. Les grévistes de Ciment Lafarge à Saint-Constant ont piqueté jour et nuit pendant trois mois, par temps parfois glacial, pour refuser une telle clause discriminatoire, avec succès. Les grévistes de Resco à Grenville-sur-la-Rouge ont pris le relais en juin pour le même enjeu. Alors que la Loi sur les normes interdit des clauses orphelin sur les salaires depuis 2001, les employeurs les multiplient pour les régimes de retraite et les avantages sociaux. Les Métallos sont sur la ligne de front pour ramener cet enjeu dans l’actualité et pour interdire une fois pour toute cette discrimination à l’égard des nouveaux travailleurs.

Tout au long de son histoire, le Syndicat des Métallos s’est aussi agrandi au rythme des fusions de différents syndicats. Il a notamment accueilli au fil des ans les membres de l’Union internationale des rembourreurs, des Ouvriers unis du caoutchouc, du Syndicat des transports et des télécommunications, de la Fraternité des préposés à l’entretien des voies du CN et du Syndicat des travailleurs et travailleuses des télécommunications.