Des travailleurs migrants coincés par la fermeture d’une usine

Publié : 30/09/2025

Quand l’usine Bordures Polycor a annoncé sa fermeture à l’automne 2024, c’est tout un groupe de travailleurs migrants qui s’est retrouvé dans une situation difficile. L’employeur voulait transférer les activités de cette usine à Saint-Sébastien-de-Frontenac, en Estrie.

Cette décision a touché environ 50 travailleurs originaires de la Tunisie, des Philippines, du Nicaragua et du Guatemala, tous titulaires d’un permis de travail fermé, un statut qui les empêche de changer d’employeur. Des pourparlers ont eu lieu entre le syndicat et l’employeur concernant les conditions de transfert et de départ. Le Syndicat des Métallos s’est impliqué pour négocier les meilleures conditions possible et s’assurer qu’un comité de reclassement accompagne adéquatement les personnes touchées.

Mouloud Idir a recueilli les propos de Mohamed Ali Ayadi, un travailleur qui a vécu cette transition comme un coup de fouet.

 

Pas le droit de changer d’emploi

« Avec des permis de travail fermés, on ne pouvait simplement pas chercher un autre emploi ailleurs. La fermeture de l’usine ici et le transfert des opérations rendaient notre avenir très précaire et angoissant », explique Mohamed Ali Ayadi, un travailleur originaire de la Tunisie.

Ce type de permis rend les travailleur.euse.s dépendant.e.s de leur employeur. Si une personne perd son emploi, elle risque aussi de perdre son droit de demeurer au pays. « Les travailleurs n’avaient pas la liberté d’aller chercher un emploi ailleurs au Québec. On est comme attaché à l’employeur. Cette absence de liberté cause des difficultés financières, et potentiellement la nécessité de retourner dans notre pays d’origine si aucune solution n’est trouvée rapidement. On a vraiment peur de perdre notre statut. On pense toujours à ça. »

 

Tout un casse-tête côté logement

La fermeture de l’usine a forcé plusieurs travailleurs à déménager. « En général, on habite proche de notre travail. Dans les petites communautés, les options de logement sont limitées. »

À cela s’ajoutent des coûts : transport des biens, dépôt pour un nouveau logement, connexion aux réseaux, etc. Même si l’entreprise a couvert certains frais, ce n’est pas toujours suffisant, explique-t-il. Il s’agit d’une situation difficile, surtout « pour des travailleur.euse.s qui peuvent déjà être dans une situation financière précaire en raison de la perte d’emploi imminente. »

Changer de ville, c’est aussi recommencer à zéro. « [Il faut] encore changer d’environnement social, nous réadapter à une nouvelle communauté et trouver de nouveaux services (épiceries, banques, hôpitaux). » Ce sont tous ces lieux d’entraide et ces réseaux de soutien que Mohamed et ses collègues avaient réussi à établir à Rivière-à-Pierre qui leur manqueront. Qu’à cela ne tienne, il a confiance en l’avenir.   

 

Un soutien essentiel du syndicat

Mohamed ne manque pas de rappeler que sans une présence syndicale, les choses auraient pu se passer autrement : « Ceux qui ont déménagé à Saint-Sébastien ont bénéficié d’un soutien de l’entreprise, qui a payé certains frais de déménagement, mais également d’un soutien du syndicat, qui a négocié les conditions de départ. » Tout n’a pas été parfait pour autant. Selon Mohamed, « une nouvelle période de probation a été imposée aux travailleurs transférés », une décision qu’il remet en question.

Malgré les difficultés, Mohamed veut continuer de s’investir pour jouer un rôle pivot auprès de ses collègues. Il compte toujours sur la solidarité et les actes d’entraide de son entourage. n

Mouloud Idir

 

Cet article fait partie de la dernière édition du magazine Le Métallo.

Cliquer sur ce lien, pour consulter tout le dernier numéro du Métallo

Document(s) associé(s) :