Retour à l’école chez ArcelorMittal

Publié : 15/09/2025

Des opérateurs de production deviennent électriciens

Armés de courage et de patience, sept travailleurs expérimentés des installations d’ArcelorMittal à Contrecœur-Est, membres de la section locale 6586 des Métallos, sont retournés sur les bancs d’école afin d’obtenir une attestation d’études collégiales (AEC) en électricité.

Depuis une dizaine d’années, le métallo Guillaume Labonté rêvait de passer de l’équipe de production à l’équipe d’électriciens : « J’avais travaillé comme électricien dans la construction, j’avais un DEP [diplôme d’études professionnelles]. C’était une vraie passion. J’étais aussi tanné de travailler sur les shifts [horaire rotatif de 12 heures de jour et de nuit] et j’espérais avoir plus de possibilités d’être de jour comme électricien. »

Mais voilà, l’entreprise exigeait une formation collégiale pour être électricien.ne. Guillaume avait sensibilisé son délégué syndical de l’époque, Jason Braconnier, devenu depuis président de la section locale 6586. D’un point de vue syndical, on constatait que de plus en plus de tâches d’entretien électrique étaient confiées à la sous-traitance, faute de personnel.

 

Le projet prend son envol

L’idée a pu réellement prendre son envol au sortir de la pandémie, au printemps 2022, après les négociations collectives. La pénurie de travailleur.euse.s de métier était à son comble. « Ça quittait vers Hydro-Québec de plus en plus. Les employeurs s’arrachent la main-d’œuvre dans les métiers spécialisés, et plus particulièrement en électricité », explique Jason Braconnier, qui avait entendu parler d’un projet de formation piloté par le Comité sectoriel de main-d’œuvre de la métallurgie (CSMO-M) alors qu’il siégeait au conseil d’administration de l’organisme.

Le CSMO-M avait mobilisé plusieurs entreprises pour lancer un projet d’AEC en entretien des systèmes électriques en métallurgie, et une analyse de profession était en cours. ArcelorMittal a adhéré au projet de formation, qui devait au départ impliquer d’autres entreprises et se donner au cégep de Sorel. Huit travailleurs d’expérience ont été sélectionnés, qui avaient pour la plupart un DEP en électricité ou en mécanique industrielle, ou une formation collégiale incomplète.

Finalement, la formation s’est donnée au cégep de Valleyfield, au grand dam des étudiants de Sorel ou de Berthier, pour qui le voyagement quotidien allait souvent prendre plus de quatre heures. De mars 2023 à avril 2024, les étudiants ont enduré les embouteillages et les longs trajets au moins trois jours par semaine pour suivre une formation sur mesure pour le poste d’électricien industriel.

 

Tout un défi !

Le défi était de taille : la formation était avancée et condensée. « On avait un ou deux laboratoires plutôt que six pour comprendre la matière. Ça allait vite : théorie, pratique, examen… », se rappelle David Chartier, qui possédait déjà une technique en mécanique industrielle à son arrivée chez ArcelorMittal, il y a 12 ans. « Le niveau de matière et de difficulté était le même, on n’a pas eu de passe-droit. »

Fréquemment, les étudiants écourtaient les pauses et les heures de lunch pour finir leur laboratoire. « Les profs ont été en masse correctes pour aménager les horaires et nous passer la matière », explique David Desfossés, le doyen du groupe qui compte 23 ans d’ancienneté. Tous opinent de la tête et vantent le dévouement des enseignantes.

David a dû pédaler au début pour se mettre à niveau avec les ordinateurs : « Quand j’ai fini mon secondaire 5, il n’y avait même pas d’Internet encore ! On ne parlait pas d’automatisation dans mon DEP. Je partais de plus loin pour ce bout-là. On en est tous venus à bout. Les profs étaient super. »

Impossible de manquer une journée de labo, sous peine de rater le bateau. D’ailleurs, des huit inscrits, sept ont terminé le programme. Le huitième s’est désisté après avoir manqué deux jours de cours. « Nos conjointes ont joué un rôle clé. La mienne a manqué beaucoup de journées de travail quand les enfants étaient malades, parce que moi je ne pouvais pas manquer », confie Guillaume Labonté.

 

De l’entraide

L’entraide était aussi au rendez-vous. « Quand il y en a un qui avait compris, il aidait les autres. Comme ça, on ne ralentissait personne. T’es content quand ton collègue ne pose pas plusieurs fois la même question », relate Michaël Leduc, qui avait déjà fait des études collégiales en électricité.

Le groupe de messagerie créé au moment du recrutement de la cohorte et des discussions sur les modalités du programme s’est ranimé tout d’un coup après un mois de formation. « J’ai vu ça popper dans mon téléphone et c’était du chinois, ça parlait de vecteurs pis de calculs ! », lance en riant le président de la section locale 6586. « C’était beau de voir la solidarité et l’entraide dans le groupe. Ils ont développé une certaine chimie, qui a dû être un facteur de succès », croit-il.   

 

Un succès

À leur retour à l’usine, les travailleurs d’expérience ont quand même ressenti une petite angoisse… C’était la même usine, mais la job était complètement différente. Les nouveaux diplômés ont aussi senti qu’ils allaient devoir faire leurs preuves parmi les électricien.ne.s.

« Je me suis fait beaucoup challenger. Mais au bout du compte, ils et elles ont vu qu’on était plus avantagés que les personnes qui arrivaient : on savait travailler manuellement et on avait de la maturité », explique Michaël Leduc.

Son collègue Jean-Christophe Pronkin renchérit : « Les électricien.ne.s avec qui on a travaillé appréciaient que l’on connaisse déjà l’usine. Ils ont vu que l’on comprenait ce que la machine est censée faire, avant qu’elle plante. » n

 

Une AEC sur mesure

Le CSMO-M a obtenu du financement gouvernemental par l’intermédiaire de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT) pour mettre sur pied l’attestation d’études collégiales en entretien des systèmes électriques en métallurgie. Pas moins de 14 expert.e.s provenant d’entreprises des régions de la Montérégie, du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord ont collaboré pour définir les compétences nécessaires à acquérir.

Le cégep de Valleyfield a ensuite été mandaté pour créer le programme, avec la collaboration d’une conseillère pédagogique du cégep de Jonquière.

Le programme gouvernemental subventionnait le salaire des travailleur.euse.s jusqu’à concurrence de 25 $ l’heure, pendant 1000 heures (975 dans les faits). Les travailleurs étaient donc payés 40 heures par semaine pour étudier à temps plein pendant un an. « C’est le programme de formation le plus généreux, parce qu’il mène à l’obtention d’un diplôme, que ce soit pour un DEP ou une AEC », explique le coordonnateur de la formation du CSMO-M, Marc-André Blanchard.

 

Un exemple pour les enfants

La plupart des participants ont des enfants dont l’âge varie de 7 à 12 ans. Au fil de la discussion, le constat est unanime : ces mères et ces pères ont donné un bel exemple de persévérance à leurs jeunes.

« Des fois, après mes deux heures de route, une fois revenu à la maison, je relisais mes notes le soir après souper pour me situer. J’enseignais à mes enfants ce que j’apprenais, pour rester dans le mood », explique Michaël Chapdelaine.

À ses côtés, David Chartier renchérit : « C’est un maudit bel exemple pour nos enfants de s’asseoir à table après le souper et la vaisselle, brûlé par les 2 heures de route, de me voir replonger dans un exercice jusqu’à 22-23 heures le soir, la veille d’un examen. Ça montre que quand on veut quelque chose dans la vie, on travaille pour l’obtenir. »

Même son de cloche chez Guillaume Labonté : « Mes enfants m’ont vu étudier, comme eux autres. On était fiers. Tout le monde a été ben fier de closer ce dossier-là ».

 

L’avantage du régime à prestations déterminées

Même s’ils n’étaient pas tenus de rester après leur formation, tous les diplômés de l’AEC sont encore dans l’entreprise un an plus tard. « Avec le régime de retraite à prestations déterminées, les gens hésitent à recommencer à zéro ailleurs. Dans d’autres milieux de travail où il n’y a pas de régime de retraite à prestations déterminées, le diplôme devient davantage une occasion de changer d’emploi. L’employeur nous a même remercié.e.s de nous être battu.e.s comme syndiqué.e.s pour le régime à prestations déterminées, parce que sans ça, aujourd’hui les activités seraient en péril », constate le président de la section locale 6586, Jason Braconnier.

Photo: Charlotte Rainville

Cet article fait partie de la dernière édition du magazine Le Métallo.

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