Les Métallos américains ont joué un rôle décisif dans l'élection au Sud de la frontière

Publié : 14/07/2021

Les yeux étaient rivés sur la Pennsylvanie dans les heures et jours de suspense qui ont suivi l’élection américaine du 3 novembre 2020. C’est l’État berceau de l’industrie de l’acier aux États-Unis et des Métallos américains qui ont donné la victoire au nouveau président des États-Unis, le démocrate Joe Biden. L’appui du Syndicat des Métallos à la campagne démocrate et son engagement pour une élection réellement démocratique ont joué un rôle décisif dans l’issue de l’élection.
 « Dans les États où cela comptait le plus, en Pennsylvanie, au Michigan, au Wisconsin, on a réussi à reconstruire le “mur bleu” démocrate d’appuis progressistes au parti démocrate qui a permis de battre cette administration Trump, si néfaste pour les travailleurs, pour le mouvement syndical, pour la population en général et pour les États-Unis à l’échelle mondiale », a expliqué Tom Conway aux délégués du Québec réunis en assemblée annuelle en novembre 2020.
Retour sur l’engagement des Métallos dans le récent débat électoral. Après des années de batailles commerciales sous l’administration Trump, à quoi peut-on s’attendre au nord de la frontière en matière de commerce avec les États-Unis?

Les enjeux avant les candidats

Au début 2020, tout juste avant la pandémie, le Syndicat des Métallos a organisé plus de 170 assemblées publiques dans différents milieux de travail. L’architecte de la campagne des Métallos en lien avec les élections, la vice-présidente hors cadre Roxanne Brown, va se rappeler l’une d’elles longtemps.
« Un des membres est entré en portant une casquette pro-Trump. Il avait une attitude provocatrice, n’attendant que le bon moment pour contredire les présentateurs. Mais au fur et à mesure où les faits étaient exposés sur les enjeux qui le concernaient lui et sa communauté, sa famille, il a enlevé son chapeau, l’abaissant progressivement. À la fin, le chapeau était en petite boule dans ses mains. C’était un moment puissant! », raconte-t-elle en entrevue avec le magazine Le Métallo.
Le président international Tom Conway et son équipe avaient fait le pari de mener une campagne non partisane, en se concentrant sur les enjeux touchant les membres. Ça fonctionnait.
En novembre 2019, toutes les sections locales ont été invitées à participer à un sondage sur les enjeux électoraux importants pour les membres. La campagne « Your union, your voice » est née et allait se concentrer sur les trois principaux enjeux définis par les membres : la santé et l’accès aux médicaments, la retraite et le droit de se syndiquer.
Lors des assemblées publiques, ces trois enjeux étaient abordés sans jamais nommer l’un ou l’autre des candidats. « Nos membres sont très intelligents. On s’est dit que si on présentait les faits sur ces enjeux, de façon impartiale, les gens tireraient leurs propres conclusions. », explique Roxanne Brown.
Elle regrette cependant amèrement que la pandémie ait coupé les ailes de la tournée de travail en plein vol. « Cette opération de communication de masse, suivie d’un sondage et d’assemblées publiques, était unique. Le leadership du syndicat disait aux membres ‘nous allons nous taire et vous écouter, c’est vous qui guidez notre action’.»
« Nos membres voyaient que Biden était au bon endroit, sur le droit à la syndicalisation, sur la santé et la sécurité, sur l’emploi. Mais ils questionnaient aussi ses positions sur le commerce, ce qui est un enjeu tellement critique pour nous comme syndicat », témoigne la syndicaliste.
« La polarisation aux États-Unis a laissé des traces jusqu’au sein du membership » des Métallos, alors que plusieurs voyaient en Trump un espoir de préserver et de retrouver des emplois. Pour le président international Tom Conway s’amorce maintenant « un processus de guérison ». Celui-ci se fera de la même façon que la campagne, « en ramenant aux enjeux de base, en parlant de l’importance du syndicat, de ce qu’il apporte au quotidien dans la vie des gens. »

La bataille électorale

En mai 2020, le Syndicat des Métallos a ouvertement endossé la candidature du démocrate Joe Biden, au moment même où la pandémie battait son plein. Une difficile campagne électorale s’entamait pour les Métallos, doublée d’une bataille menée sur plusieurs fronts par une multitude de groupes de la société civile afin que la démocratie puisse bel et bien s’exercer et que chaque vote exprimé soit bel et bien compté.
L’équipe de campagne métallos a illustré les positions de Biden sur des enjeux comme l’assurance santé, le droit de se syndiquer, la retraite, la santé et sécurité. Le thème du commerce, aussi important pour les Métallos, était plus délicat à aborder, Trump s’étant arrogé cet axe de discours, avec les tarifs sur l’acier et l’aluminium et la renégociation de l’ALÉNA.
L’ouverture de Joe Biden à l’égard des syndicats a néanmoins aidé. Si une visite d’usine était prévue à l’agenda, il s’assurait d’aller dans une usine syndiquée et de rencontrer le syndicat local. Cela s’est aussi reflété dans les politiques publiques mises de l’avant.  « C’est encourageant d’avoir enfin un président qui reconnaît ouvertement le rôle des syndicats pour avoir une classe moyenne forte et qui veut travailler en partenariat avec eux », souligne le président international du Syndicat des Métallos, Tom Conway.

Malgré la pandémie


Sur le terrain, 90 militants métallos ont travaillé d’août à novembre 2020 sur la campagne, faisant preuve de beaucoup d’imagination pour rejoindre autrement les membres et les électeurs malgré la pandémie. L’équipe des nouveaux médias a été mise à contribution pour produire et diffuser des contenus ciblés en lien avec les enjeux locaux. « Ils ont réussi à créer des contenus très provocateurs, puissants, des vidéos très courtes sur les enjeux. C’était un effort très sophistiqué. Nos budgets ne sont pas énormes, il fallait travailler judicieusement pour avoir un effet maximal », relate la responsable de la campagne, Roxanne Brown.
La pandémie a amené à sortir des sentiers battus. La « Bat Light » Métallos a illuminé de nombreux édifices de messages d’appui à l’équipe Biden-Harris. « Notre terrain de bataille recoupait le terrain où se jouait l’élection présidentielle. La “Bat Light” nous enracinait dans des communautés où nous ne pouvions être physiquement », ajoute-t-elle.

L’autre campagne :
pour la démocratie

En plus de la campagne électorale, une autre campagne s’est menée dans l’ombre en 2020, celle-ci pour préserver la démocratie américaine. Il est apparu rapidement que le président sortant tenterait l’impensable pour rester au pouvoir, advenant un résultat serré. Les manifestations à la suite des élections, les contestations judiciaires, les déclarations incendiaires et l’assaut sur le Capitole l’ont bien montré.
La société civile s’est activée en coulisse pour garantir l’intégrité du scrutin, dans une nébuleuse d’organismes variés, allant des syndicats à la communauté d’affaires, en passant par des organismes pour les droits civiques, des environnementalistes, des spécialistes des nouvelles technologies, et même des républicains modérés. « On savait ce qui allait se passer si les républicains détournaient la démocratie, dans les États du nord comme la Pennsylvanie, l’Ohio, le Michigan, le Wisconsin, mais aussi dans les États du sud où les votants racisés ont été historiquement privés de leur droit de vote. Ils auraient fait des choses horribles et ils en ont fait. Tous ceux qui croyaient à la démocratie ont mis la main à la pâte », illustre la syndicaliste.
Trouver du personnel d’élection plus jeune pour remplacer les travailleurs d’élection habituellement âgés qui devaient prendre garde à la COVID-19; monter des équipes légales pour contrer les menaces à l’exercice du droit de vote; veiller à ce que les bureaux de vote aient des équipements de protection… Un peu partout sur des affichettes syndicales on voyait le slogan « Comptez chaque vote! », alors que les pro-Trump demandaient d’écarter les votes postaux.