Rio Tinto Fer et Titane: interrogeons-nous plutôt sur les agissements des multinationales

Publié : 14/11/2025

 

Un texte de Nicolas Lapierre, directeur québécois des Métallos, et de Patrick Sarrazin, président de la section locale 7493 des Métallos, représentant les travailleurs et les travailleuses de l’usine des Poudres métalliques de Rio Tinto Fer et Titane à Sorel. Publié sur le site du journal Les Affaires, en réponse à une chronique publiée le 11 novembre. 

Dans un texte publié le 11 novembre, l’experte invitée Annie Boilard met en doute l’information transmise par le Syndicat des Métallos à ses membres à l’usine des Poudres métalliques de Rio Tinto Fer et Titane, au moment de prendre un vote de grève. Rappelons que la multinationale britano australienne a annoncé en octobre dernier qu’elle fermerait son usine de poudres métalliques de Sorel en décembre.

Tout d’abord, elle met en doute la transparence des communications du syndicat envers ses membres sans même avoir parlé aux représentants de la section locale 7493 ou encore à la direction québécoise du Syndicat des Métallos. Bref, elle présume que les membres n’avaient pas en main toutes les informations au moment du vote de grève et que le syndicat «cachait» de l’information.

Tout d’abord, contrairement à ce que semble écrire Annie Boilard, un vote de grève est une décision sérieuse prise par les membres, après que le comité de négociation dûment élu ait fait un compte rendu de l’état d’avancement des négociations. Dans le cas qui nous occupe, les négociations avaient cours depuis plus d’un an au moment du déclenchement de la grève.

Avant le vote de grève, il avait été mentionné clairement aux salariés que toutes les possibilités étaient envisagées, y compris une fermeture. En toute connaissance de la situation, les salariés ont voté dans un scrutin secret à 99% pour la grève. À aucun moment avant ou pendant la grève, l’employeur n’a formulé d’offre finale et globale conditionnelle à une menace de fermeture. Le cas échéant, le comité de négociation aurait fait voter une telle offre aux membres.

Soulignons que des rumeurs de fermeture avaient systématiquement été répandues à l’occasion des négociations de plusieurs conventions collectives, menant ainsi à des reculs successifs dans les conditions de travail et le pouvoir d’achat. À crier trop souvent «au loup» pour réduire ses coûts de main-d’œuvre, l’entreprise s’est elle-même tirée dans le pied.

La spécialiste en ressources humaines s’insurge de la déclaration syndicale déplorant «la façon de faire de la compagnie, qui prend prétexte de la grève pour motiver sa décision d’affaires». Encore là, nous portons à son attention que la partie patronale avait demandé au début des pourparlers la négociation d’un contrat de 18 mois, prenant fin en décembre 2025, une avenue qui n’avait pas été retenue par le syndicat. À la lumière des événements récents, on comprend maintenant mieux une telle demande, signe que la fermeture en décembre 2025 était dans les cartons de la multinationale depuis un bon moment.

Plutôt que de se lancer dans des critiques gratuites du syndicat sans même valider les perceptions, il aurait été plus intéressant de lire à propos des subventions obtenues ces dernières années par la multinationale, qui n’ont pas été associées à des exigences en matière de maintien des emplois.

Plutôt que de tirer sur ceux et celles qui tentent d’améliorer leur sort et le syndicat qui les accompagne dans ces efforts, pourrait-on s’interroger sur les agissements des multinationales qui exploitent nos ressources, engrangent des subventions, sans contrepartie quant aux emplois.