Dossier: La Parole aux jeunes métallos

Publié : 30/08/2026

Le Métallo est allé à la rencontre de 8 jeunes métallos de 35 ans et moins et a rencontré le président du comité Jeunes Métallos. À quels défis sont-ils confrontés, comment voient-ils leur engagement syndical, qu’est-ce qui les distingue comme génération. Écoutons-les, au travers de ces 9 portraits et de textes thématiques sur l’évolution du coût de la vie et le logement, leur rapport au travail, leur perception des syndicats et de l’engagement, leur rapport aux émotions. 

 

Un sentiment d’appartenance aux syndiqué.e.s de l’usine

Pierre-Carl Noël, machiniste chez Technosub à Rouyn-Noranda

Indifférent au syndicalisme à son arrivée chez Technosub en 2018, le machiniste détenteur d’un DEP en usinage constate un certain mépris des patrons et contremaîtres lors d’un remplacement dans un poste non syndiqué. « J’ai vu derrière le masque, ça m’a écœuré, et j’ai décidé de retourner dans l’usine avec les syndiqué.e.s qui travaillent fort. À partir de là, j’ai commencé à m’intéresser au syndicat », confie-t-il. 

La moutarde lui monte au nez le jour où les syndiqué.e.s se présentent après leur quart de travail à un souper pizza organisé par l’entreprise et qu’il ne reste quasiment plus rien. Il entre alors au comité de relations de travail, avant de devenir vice-président de son unité syndicale. Depuis, il contribue à installer une culture syndicale plus forte et incite les syndiqué.e.s à demander la présence d’un.e représentant.e syndical.e lors des rencontres individuelles avec les patron.ne.s. 

Pierre-Carl magasine actuellement sa première maison, un défi avec les prix dopés par les salaires des minières. Il a aussi la fibre écolo : « J’ai ben du mal avec l’argument voulant qu’on se foute de l’environnement si ça rapporte beaucoup d’argent… Ça sert à quoi si on vit sur une planète désertique, où il n’y a plus d’eau potable?! », illustre-t-il. 

 

Le défi de la stabilité dans une longue convention

Étienne Matte, mécanicien chez Ciment Québec, à Saint-Basile-de-Portneuf

Aujourd’hui président de la section locale 9232 chez Ciment Québec à Saint-Basile-de-Portneuf, c’est par la santé et sécurité qu’Étienne Matte, mécanicien de 28 ans, intègre l’exécutif syndical autour de 2019, alors qu’il n’a que 22 ans. « Un collègue de travail s’est blessé, et ça m’a fait de quoi. J’ai donc déposé ma candidature comme représentant à la prévention et j’ai été élu. » 
Après une petite pause pour bâtir sa maison, il revient s’impliquer dans l’exécutif et en accepte la présidence en 2023. 
C’est le besoin de stabilité dans ce milieu de travail, disposant d’une longue convention de 10 ans, qui l’incite à relever le défi. « J’avais peur qu’on perde des connaissances du côté syndical, que la convention s’effrite avec le temps et que nos droits reculent. » Il tient le fort, déterminé à négocier la prochaine convention en 2029-2030. 
Il compte aussi enrichir la structure syndicale de délégué.e.s sur le plancher.  Soucieux d'implanter une culture syndicale chez les nouveaux travailleur.euse.s, il s'emploie à organiser un accueil syndical systématique des nouveaux et nouvelles membres.

 

Initiée pendant une grève

Audrey Desjardins, éducatrice au CPE Au Jardin de Pierrot à Rouyn-Noranda

Peu après son embauche au CPE Au Jardin de Pierrot à 18 ans, Audrey Desjardins fait grève générale illimitée. Elle a tout de suite la piqûre syndicale en voyant l’impact que la grève de deux CPE Métallos a pu avoir sur le déroulement de la négociation nationale. « Le syndicat m’attirait, surtout quand je constatais l’implication de femmes comme Manon Leclerc [alors présidente de l’unité] et Sonia Charette [représentante syndicale des Métallos qui provient du même milieu de travail]. »

Son adhésion syndicale est une « suite logique » de son engagement auprès de son école de danse, où la professeure impliquait les jeunes dans la vie de la troupe. « Quand je suis arrivée en milieu de travail, j’avais besoin de m’investir, de sentir que je n’allais pas juste travailler », explique la jeune de 24 ans, présidente de son unité syndicale depuis 2 ans. 

Il faut dire que l’engagement syndical est fort autour d’elle, la plupart de ses collègues étant intéressées au syndicat et formées comme déléguées. « Je me sens bien entourée, les filles sont à leur affaire. Ça aide beaucoup », explique-t-elle, déterminée à envoyer cette année deux autres camarades en formation de déléguée.

 

Quatrième génération de métallos

Mathieu Dresdell, opérateur-réparateur aux installations portuaires d’IOC

Issu d’une famille de quatre générations de métallos, Mathieu Dresdell baigne tôt dans la vie syndicale : son père était impliqué dans le syndicat des employé.e.s de la municipalité de Havre Saint Pierre. « Il n’y avait pas de téléphone cellulaire dans le temps, le monde appelait chez nous pour déposer des griefs. » Son arrière grand père était parmi les fondateurs de la SL 4466 à la mine Tio. 

Il termine un DEC en exploitation minière, mais son stage prévu en 2015 est annulé à la suite de 150 mises à pied. Il se retrouve sans emploi à Havre Saint Pierre, avant d’enchaîner divers petits boulots pendant un an. Il occupe ensuite des postes en navettage chez Canadian Royalties, puis à Stornoway. En mars 2020, au début de la pandémie, il revient sur la Côte Nord comme opérateur réparateur aux installations portuaires d’IOC. Il constate que les jeunes d’aujourd’hui intègrent un marché du travail transformé par la pénurie de main d’œuvre.

À IOC, ses confrères reconnaissent rapidement son potentiel syndical : ils le proposent comme garde en 2024, puis à la vice présidence. Motivé par le désir de représenter efficacement les opérateur.trice.s, il veut apporter « une vision jeunesse », rester proche de la base et mieux informer les membres, notamment via le groupe Facebook.

 

Coup de cœur syndical : donner au suivant

Saïd Chekroun, électrotechnicien chez Amrise (Ciment Lafarge) à Saint-Constant

Détenteur d’une maîtrise en biologie obtenue en Algérie, Saïd a immigré au Québec pour rejoindre sa conjointe, qui a grandi ici. À son arrivée, l’ordre professionnel des biologistes lui fait des misères et exige qu’il refasse des cours. Tant qu’à faire, Saïd se renseigne sur les perspectives d’emploi et les conditions de travail, et choisit de devenir électrotechnicien. Il décroche son DEC au collège Ahuntsic, et peu après, un enseignant recommande sa candidature à Ciment Lafarge, qui cherche désespérément un électrotechnicien depuis plusieurs mois. 

Embauché à la fin de 2024 à la cimenterie de Saint-Constant, il s’intègre bien à l’équipe et bénéficie du mentorat des plus expérimenté.e.s. quelques mois plus tard, Saïd a un coup de cœur syndical : lors de l’accueil des nouveaux et nouvelles syndiqué.e.s, il apprend que les métallos du 6658 ont fait la grève en 2016 pour préserver le régime de retraite des futur.e.s travailleur.euse.s. « J’ai trouvé ça formidable. J’ai envie de contribuer à passer les conditions de travail au suivant moi aussi », souligne le travailleur, qui attendait un enfant d’une semaine à l’autre au moment de l’entrevue. 

 

Une déléguée qui a à coeur la protection des droits 

Charlotte Solocha, technicienne au laboratoire à l’usine CCR de Montréal-Est

Charlotte Solocha est réfléchie, organisée et un brin extravertie. Détentrice d’un baccalauréat en chimie appliquée, elle sait depuis un stage en milieu industriel que c’est le genre d’univers où elle veut faire carrière. « Il y a une puissance dans la machinerie, les intrants, les choses qui sortent, la main-d’œuvre pour opérer ça, l’énergie. On affine du cuivre, ça se rend dans beaucoup d’industries, ça fait vivre la province et même le pays. Je trouve ça concret, terre à terre, pragmatique. C’est honnête », illustre-t-elle. 

Pragmatique est un terme qui lui va bien. Le coût de la vie l’incite à optimiser son alimentation, à surveiller sa consommation d’énergie et à être en colocation avec son frère. Elle a soigneusement choisi ses comptes de médias sociaux pour préserver ses données personnelles et limiter le flânage. Elle accorde de l’importance à l’équilibre travail-vie personnelle. 

Consciente de ses aptitudes en administration et de son intérêt pour les gens, elle a accepté avec plaisir d’être déléguée syndicale lorsqu’on lui a proposé l’an dernier. « Le syndicat est accessible, et cette proximité aide à donner des services adéquats à ses membres. Ça me tient à cœur que les droits des gens soient protégés, et c’est quelque chose qui s’entretient », explique-t-elle. 

 

S’impliquer pour amener du changement

Pierre-Alexandre Lapointe, chef de train et ingénieur locomotive au chemin de fer Roberval-Saguenay de Rio Tinto Alcan

Dès l’âge de 17 ans, tout de suite après un DEP en extraction minière, Pierre-Alexandre Lapointe décharge du minerai pour un sous traitant de Rio Tinto et attrape la piqûre des trains. À 21 ans, il est embauché au chemin de fer Roberval-Saguenay. « Rio Tinto, c’est le gros employeur de la région. On espère tou.te.s travailler là quand on est jeunes… Ça m’a permis de rester ici sans faire du navettage [pour le secteur minier] », dit celui qui est aujourd’hui chef de train et ingénieur locomotive, heureux de rentrer chaque soir auprès de sa conjointe et de leurs deux enfants.

Une impression de « favoritisme » dans l’application de la convention collective l’amène à s’intéresser à la vie syndicale au tournant des années 2020 : « Ça a accroché ma fibre syndicale. J’aime quand ça marche droit, alors j’ai décidé de m’impliquer pour inspirer le changement. » De secrétaire archiviste en 2021, il devient vice président en 2024. « On se bâtit une belle équipe de jeunes. Ça va bien, c’est le fun! », affirme Pierre-Alexandre, qui est d’ailleurs pressenti pour succéder au président lorsque celui ci prendra sa retraite.

 

Militant dans l’âme

Samuel Thibeault, technicien en électrique et instrumentation chez CEZinc à Salaberry-de-Valleyfield

« J’ai toujours eu la fibre militante, j’ai toujours voulu représenter et aider le monde », lance Samuel Thibeault, qui goûte à la mobilisation dès le secondaire en 2012, pour ensuite poursuivre son engagement au cégep et à l’université. Déterminé à se consacrer au syndicalisme, il bifurque de l’histoire vers les relations industrielles à l’Université Laval. Mais l’orientation trop « corpo » le fait déchanter. 

C’est sur le terrain qu’il veut militer. Il complète donc une technique en génie électrique. Sitôt terminées ses 320 heures de probation chez CEZinc, il donne son nom pour être délégué syndical. C’était il y a sept ans. Il en est aujourd’hui à sa deuxième négo et celle-ci, il la mène en tant que vice-président de sa section locale. 
Bon nombre de jeunes se tournent vers lui pour porter leurs espoirs. « Pour les jeunes, le travail n’est plus la pierre angulaire de la vie en société. Les entreprises et les syndicats doivent s’adapter. Si l’usine doit opérer 24 heures sur 24, comment on fait pour que nos gens aient une qualité de vie, qu’ils aient du temps à la maison et que l’ouvrage se fasse? », illustre le jeune père d’une fillette d’un an et demi. 

 

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