Dossier: La Parole aux Jeunes Métallos
Une génération anxieuse?
On dit souvent des jeunes d’aujourd’hui qu’ils et elles font partie de la « génération anxieuse ». Socialisée à l’ère des médias sociaux et de l’écoanxiété, elle a vécu l’adolescence et le début de l’âge adulte alors que la COVID-19 et le confinement mettaient à mal les interactions sociales, et est arrivée sur le marché du travail à l’heure de l’intelligence artificielle. Qu’en pensent les jeunes métallos rencontré.e.s?
D’emblée, Samuel Thibeault dégonfle le cliché : « Je dirais plus que c’est la génération qui a démythifié l’anxiété. L’anxiété n’est plus un tabou, les jeunes en parlent. C’est très simple avec les jeunes d’aborder les émotions. »
Lors d’interventions syndicales entre deux personnes au cœur d’un conflit, le vice-président de la section locale 6486 chez CEZinc constate une grande différence entre les travailleur.euse.s plus âgé.e.s, qui nomment difficilement leur ressenti, et les plus jeunes. « Je peux jaser avec les jeunes; les larmes leur montent aux yeux, ils ou elles me pleurent sur l’épaule pis c’est ben correct », illustre le jeune syndicaliste.
D’un grand calme, Saïd Chekroun de chez Amrize (SL 6658) ne cède pas du tout à l’anxiété. « Je crois au destin; si c’est fait pour moi, je vais l’avoir. On met toutes les chances de notre côté, et si ça a à arriver, ça va arriver », explique-t-il en citant en exemple la grossesse récente de sa conjointe.
N’empêche qu’il observe quand même une certaine anxiété chez les plus jeunes de son entourage, pour différentes raisons : craintes de perte d’emploi en raison de l’intelligence artificielle, choix de carrière, coût de la vie, coût du logement, etc.
La dégradation de l’environnement et les changements climatiques tourmentent aussi bon nombre de jeunes. « Ça me préoccupe beaucoup. J’y pense souvent, j’essaie de faire des efforts », confie Pierre-Carl Nöel, vice-président chez Technosub à Rouyn-Noranda.
Audrey Desjardins, du CPE Au Jardin de Pierrot, en entend elle aussi davantage parler. « L’anxiété prend plus de place dans la vie des jeunes. La vie personnelle aussi prend plus de place. Mais c’est correct, peut-être qu’avant ça n’en prenait pas assez », constate-t-elle.
Elle fréquentait le cégep pendant la pandémie et se rappelle à quel point c’était dur sur le moral. « J’étais dans une troupe de danse, tout le monde est tombé en semi-dépression. Mes parents m’ont autorisée à voir mon amie, ça m’a sauvée. Les ados ont besoin des autres », se souvient la métallo de 24 ans.
Se définissant comme une millénariale plutôt extravertie, Charlotte Solocha, 33 ans, croit que l’anxiété est davantage caractéristique des personnes de la génération Z, qui ont moins de 30 ans. « Ils et elles ont davantage grandi en étant connecté.e.s aux réseaux sociaux, avec moins d’interactions interpersonnelles. Des fois, ils et elles ont peur d’utiliser le téléphone pour appeler au lieu d’envoyer un SMS. »
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