Dossier: La Parole aux Jeunes Métallos
L’inflation cogne fort chez les jeunes
Depuis huit ans, Pierre-Carl Noël, machiniste chez Technosub, met de côté l’argent d’une mise de fonds sur une propriété. « C’est horrible. Parce que les emplois sont vraiment payants [dans le secteur minier], les maisons sont chères. J’peux pas croire que je vais acheter une vieille maison où il y a plein de choses à faire », s’inquiète le jeune homme de 29 ans, qui craint de se trouver à la merci d’un krach.
Il a l’impression que la valeur réelle de son revenu baisse : « On se sentait plus riches v’là 10 ans avec un salaire de 20 $l’heure qu’aujourd’hui à 40 $l’heure. »
Sa consœur abitibienne Audrey Desjardins, éducatrice au CPE Au Jardin de Pierrot, confirme son impression. Pour vivre confortablement, elle consacre sa journée de congé au CPE à un travail d’appoint : elle fait des ménages. « Avec mon emploi, je ne peux pas subvenir totalement à mes besoins. Et encore, j’habite dans un logement qui appartient à mon père et qui est donc moins dispendieux », explique la femme de 24 ans.
Des prix fous
Nombreux et nombreuses sont les jeunes qui repoussent le projet d’acquérir une propriété. « J’ai betté sur des maisons avant la pandémie, mais je n’ai rien acheté. Le coût de la vie est dans le tapis, le prix des maisons est fou », explique Samuel Thibeault, qui habite toujours en logement avec sa compagne et leur fille de moins de deux ans.
Futur papa au moment d’écrire ces lignes, Saïd Bekroun, employé de la cimenterie Amrize à Saint-Constant, a lui aussi renoncé à l’achat d’une maison. « Avec toutes les factures, ma conjointe et moi avons pris la décision de demeurer en location pour l’instant. On veut rester proche de Montréal, où ma conjointe travaille », explique l’électrotechnicien de 32 ans.
Le coût de la vie entre également en ligne de compte dans ses projets de famille. « Avoir plusieurs enfants, c’est beau, mais est-ce qu’on est capables d’assumer toutes les charges pour leur offrir autant, de manière équitable, à chacun.e? », s’interroge-t-il.
Pression financière
Charlotte Solocha, technicienne de laboratoire chez CCR à Montréal-Est, n’est pas rendue à décider si elle aura des enfants ou pas. Mais elle est consciente de la pression financière sur les parents. « Les gens se demandent s’ils auront les moyens de leur donner accès à des cours, de payer du tutorat, de les inscrire à des loisirs… On dirait que le minimum est plus élevé qu’avant », constate la jeune femme de 33 ans.
Déjà, le coût de la vie lui pèse. Bien heureuse d’avoir un uniforme au boulot pour limiter les dépenses de vêtements, elle fait attention à son alimentation, met des pellicules plastiques dans ses fenêtres pour économiser sur le chauffage et habite en colocation avec son frère. « Je suis super contente de mon salaire chez CCR, mais malgré tout, je dois quand même rembourser mon prêt étudiant », explique la bachelière en chimie.
De son côté, Étienne Matte, mécanicien industriel chez Ciment Québec à Saint-Basile-de-Portneuf, relativise l’explosion du niveau des prix. « J’ai choisi de construire ma propre maison, comme le monde faisait avant. Je me suis dit que c’est un principe qui allait me faire économiser. Avec le coût de la vie, la sueur du front commence à représenter un gros plus financier. Ça vaut la peine d’être manuel », exprime-t-il. Dans le même esprit, il limite les voyages, essaie de cuisiner davantage avec sa conjointe et a décidé de ne pas avoir d’animaux de compagnie. « On tente d’utiliser l’argent le mieux possible. »
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