DS chez ArcelorMittal Longueuil
Les défis changent, les DS sont toujours à l’écoute
Délégué social depuis 15 ans au laminoir à barres d’ArcelorMittal à Longueuil, Frédéric St-Louis a trouvé la pandémie éprouvante. « Il y a eu une grande tension dans la société, et on la vivait dans l’usine. Les couples se séparaient, les gens s’isolaient. Je n’y arrivais pas, je passais la journée à écouter tout le monde », se souvient celui qui est aussi coprésident du comité de santé et sécurité de l’usine, qui compte 183 syndiqué.e.s.
À la suite de cette période, la SL 8897 a fait passer l’équipe de DS à 4 personnes, et a même réussi à faire reconnaître son rôle dans la convention.
David Menichetti fait partie de ces nouvelles recrues : « J’ai l’écoute naturelle, j’aime les gens. » Des collègues viennent le voir pour aborder certaines situations personnelles, alors que d’autres lui suggèrent de tendre l’oreille à un.e collègue en particulier. « Des fois, une personne vient simplement me parler, et ça va désamorcer », explique-t-il.
Santé mentale au masculin
On note graduellement une plus grande ouverture à parler de santé mentale dans ce milieu majoritairement masculin. « Les mentalités changent. À présent, c’est bien vu de vouloir s’entraider, de parler de ce qu’on vit. J’aime bien mieux cette mentalité-là, où un homme a le droit de pleurer », observe David.
À ses côtés, Frédéric St-Louis remarque aussi un grand changement depuis qu’il a commencé à travailler : « C’était une autre époque. Les plus vieux disaient aux plus jeunes : “commence pas à parler de tes sentiments icitte”. »
Maintenant, les défis sont différents. « Les jeunes séparés s’occupent de leur famille 50-50 avec leur ex », illustre David. Voilà tout un défi, notamment dans cette usine où l’horaire de travail le plus fréquent en est un de 12 heures en rotation jour-nuit (voir ci-dessous).
Autre effet collatéral de la période pandémique : les services d’entraide pour hommes se sont raréfiés, alors que les ressources ont été redirigées vers les dynamiques de violence conjugale devant la montée des féminicides.
« Il manque de lieux d’entraide pour les hommes. Il manque de ressources en général aussi, pas juste pour les hommes. La liste d’attente en psychologie est incroyable », constate Frédéric, qui précise néanmoins que les ressources en matière de dépendance sont quant à elles au rendez-vous en Montérégie.
Conférence sur les horaires atypiques et la santé
Alors qu’un grand nombre de travailleur.euse.s de l’usine d’ArcelorMittal étaient en arrêt de travail pour des raisons de santé mentale, Mathieu Galarneau, représentant à la prévention, a eu l’idée d’organiser une conférence sur les horaires atypiques, dans cette usine qui fonctionne selon un horaire rotatif jour-nuit de 12 heures.
Mélanie Lefrançois, professeure en ressources humaines de l’UQAM, a ainsi donné quatre conférences dans l’usine. Elle a abordé les risques des horaires atypiques : maladies cardiovasculaires, troubles musculosquelettiques, problèmes de sommeil, troubles dépressifs ou anxieux, difficultés de concentration, consommation de substances, etc.
« Je ne suis pas spécialiste de vos horaires. Mon but, c’est de vous expliquer le lien entre les horaires atypiques et la santé et sécurité du travail », a-t-elle affirmé au groupe attentif. À la blague, un travailleur a lancé : « On est beaucoup à vivre ça. Y a-t-il une pilule pour ça ? »
La professeure a proposé quelques pistes pour atténuer les impacts : éviter de dormir huit heures après un quart de nuit si on doit rebasculer, faire une sieste avant la nuit, manger léger la nuit, éviter l’exposition à la lumière du jour, prévoir des périodes de sieste pendant un quart de nuit et solliciter le réseau familial et social. Elle a également suggéré de mentionner ses horaires de travail aux médecins ou professionnel.le.s de la santé, entre autres pour rajuster le dosage de certains médicaments.
À l’arrière de la salle, le directeur de l’usine écoutait lui aussi. Déjà, il a évoqué auprès de ses vis-à-vis du côté syndical la possibilité d’installer un divan confortable lors de l’aménagement d’une nouvelle cafétéria.
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- Choc post-traumatique et pression de production à la mine
- Michaël rend la pareille
- Un filet quand survient une tragédie
- Un début de mandat en situation de crise
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Cet article fait partie de la dernière édition du magazine Le Métallo.
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