DS à l’aluminerie de Bécancour
Un début de mandat en situation de crise
Le mandat officiel de Pascal Pilotte-Thiffault comme délégué social à l’aluminerie de Bécancour a commencé sur les chapeaux de roue le 15 novembre 2024 : une travailleuse s’était suicidée, et tout le monde était bouleversé.
En apprenant la nouvelle, Pascal a quitté son poste pour se rendre auprès de l’équipe. « Les gens pleuraient, criaient, lançaient des objets, les collègues étaient vraiment choqué.e.s », se souvient-il. Dans la même journée, il s’est déplacé pour apporter un soutien d’urgence aux gens proches de la victime.
Le lendemain matin, Pascal a remarqué qu’il n’avait pas été libéré de son poste malgré l’ampleur du drame. Il a donc décidé de se rendre malgré tout à la série 1, auprès de l’équipe affectée, avec l’assentiment de son superviseur. Malgré la présence d’une psychologue du programme d’aide aux employé.e.s, il a constaté que l’employeur avait réagi maladroitement en demandant à l’équipe de reprendre le travail après avoir pris un café.
Sur place, il a immédiatement demandé à la quinzaine de travailleur.euse.s de tout arrêter et de se rendre à la salle de veille. Il a exigé que tout le monde rencontre la psychologue ainsi que lui-même avant de reprendre le travail. « Vous pourrez y retourner seulement quand la psychologue et moi aurons déterminé que vous êtes en état de travailler. C’est trop dangereux », a-t-il lancé. Le superviseur, lui aussi sous le choc, a collaboré.
Après les rencontres, certain.e.s sont donc retourné.e.s à la maison, alors que d’autres ont repris le travail avec la consigne de prendre toutes leurs pauses. « Il y en a pour qui ça occupe l’esprit… On leur a dit que si elles ou ils se sentaient distrait.e.s, il fallait débarquer de la machine », raconte-t-il.
Pendant près de deux semaines, il a accompagné les membres de l’équipe à chaque quart. « Je discutais avec eux, parfois je leur donnais une pause… Comme je connaissais leurs tâches, je leur donnais un moment de répit. » Il a ensuite fait des suivis sporadiques avec des travailleur.euse.s « qui avaient plus de difficulté à vivre le deuil », jusqu’à la cérémonie de décès.
Le retour d’un délégué social à l’aluminerie de Bécancour
Avant le lockout de 18 mois en 2018-2019, un responsable des délégué.e.s sociales et sociaux était libéré à temps plein à l’aluminerie de Bécancour, et coordonnait les DS bénévoles, dont Pascal Pilotte-Thiffault. Après le conflit, l’employeur a cessé de financer le poste.
L’exécutif syndical a reconnu le besoin et a choisi d’utiliser la banque de libération syndicale pour libérer un.e responsable DS, à raison de 48 heures par mois.
Pascal Pilotte-Thiffault a été désigné pour ce mandat, armé de sa formation d’éducateur spécialisé et de son expérience en centre jeunesse ainsi qu’en milieu scolaire. Travailleur à l’ABI depuis plus de huit ans, il avait déjà été DS pendant le lockout et prenait en charge des cas complexes.
Depuis, il consacre surtout ses efforts à éteindre des feux, le poste étant resté vacant plusieurs années. « Je fais du rattrapage présentement. Avec la reprise d’une nouvelle ronde de négociations, je m’attends à une augmentation des gens qui ont besoin d’un soutien psychologique », dit-il, désolé de n’avoir qu’une fraction du temps alloué à cette fonction.
En deux mois, il a visité une cinquantaine de salles de veille pour faire connaître son rôle. « Dans les jours qui suivent, je suis toujours débordé d’appels. »
Consommation, problèmes conjugaux, deuils, vieillissement ou perte d’autonomie des parents : les sources de détresse sont nombreuses. Il écoute, intervient et redirige parfois vers les bonnes ressources. Si l’aide est bien organisée pour l’alcoolisme et la toxicomanie, l’accès à un suivi psychologique et à du soutien pour les proches âgé.e.s reste plus difficile.
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Cet article fait partie de la dernière édition du magazine Le Métallo.
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