DS chez CCR

Sobre, il donne au suivant

Publié : 19/09/2025

DS au grand cœur, Dany Picard ne ménage pas les efforts pour aider un.e collègue à sortir de l’enfer des dépendances.

Il y a de cela maintenant six ans, Dany Picard, travailleur à l’usine CCR de Glencore à Montréal-Est, a touché le fond du baril. Alors qu’il amorçait un quart de travail en état d’ébriété, sa conjointe de l’époque l’a appelé pour le prévenir qu’il perdrait ses enfants s’il n’arrêtait pas ses excès. « Je suis parti de mon poste, je suis allé au bureau du syndicat et j’ai prévenu Stéphane [le président de la SL 6687] que je rentrais en thérapie », raconte le grand gaillard au visage toujours souriant.

Depuis deux ans, le syndiqué sobre donne au suivant et s’implique comme délégué social à l’usine. « La vie m’a amené à vouloir aider les gens. Je n’avais pas peur de dire que j’avais eu un problème, je ne m’en cachais pas. Les gens venaient m’en parler parce qu’ils voyaient que j’étais ouvert à ça. J’ai donc décidé d’aller suivre la formation des DS et j’ai donné mon nom. J’ai vu que j’étais capable d’être à l’écoute des autres », explique le travailleur qui cumule 34 ans d’ancienneté à l’usine.

 

Un lift jusqu’à la cure

Il a accompagné neuf collègues aux prises avec des problèmes de dépendance à des thérapies, des thérapies fermées pour la plupart. « Je vais souvent les reconduire au centre de thérapie. Pendant leur séjour, je vais tout le temps les voir une ou deux fois. Je fais aussi le pont avec la compagnie et la conjointe ou le conjoint », explique l’homme au grand cœur.

Sa plus grande fierté ? « C’est quand quelqu’un m’appelle et me dit qu’il ne consomme plus depuis un an, et m’invite à manger du gâteau à un meeting [des alcooliques anonymes ou narcotiques anonymes] où il va chercher son jeton. C’est aussi quand je vois des couples séparés qui reviennent ensemble ».

Son intervention se fait toujours dans un climat de confidentialité. Si le devoir de DS l’appelle, il prévient son superviseur qu’il doit s’absenter de son poste, sans plus de détail. Par prudence, il a toutefois renoncé à facturer son kilométrage lorsqu’il va visiter un.e collègue à la maison ou dans un centre de désintox. « Je préfère payer mon gaz, je ne veux pas avoir de compte à rendre », précise-t-il.

 

Des moments plus difficiles

Cette implication syndicale nécessite une bonne dose d’empathie et, surtout, une oreille bienveillante. C’est d’ailleurs ce que Dany a rapidement compris dans son rôle de DS ; il s’agit bien plus d’écouter que de parler. « C’est beau aider, mais si la personne ne s’aide pas, ce n’est pas facile. […] C’est sûr que parfois, ça vient te chercher. Ça m’arrive de brailler après avoir rencontré une personne », confie Dany.

Il a vécu son moment le plus difficile en débarquant au domicile d’une personne qui avait littéralement la corde au cou. « J’ai voulu partir de là en courant, et si je l’avais fait, la personne aurait sauté. J’ai plutôt parlé avec elle et au bout de cinq minutes, elle s’est mise à pleurer. La pression est redescendue », raconte-t-il, encore ému.

L’équipe des DS compte sept membres chez CCR, dont quatre travaillent à l’infirmerie et trois sont davantage rattaché.e.s physiquement au bureau syndical.

 

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