DS chez General Dynamics
Un filet quand survient une tragédie
Le 10 février 2021, le pire arrive à l’usine General Dynamics de Repentigny : le travailleur Philippe Cusson meurt dans une explosion. Le choc est immense pour la communauté de travailleur.euse.s. Le réseau des délégué.e.s sociales et sociaux (DS) entre alors en action pour soutenir les travailleur.euse.s.
« La première personne que j’ai appelée, c’est Carole-Agnès [Desabrais, responsable du réseau des DS de la région Laurentides-Lanaudière au Conseil régional FTQ], suivie de Julie Hébert du service de la SST chez les Métallos », se rappelle la représentante en prévention de la SL 9238, Johanne Rainville, qui coordonne l’équipe locale de délégué.e.s sociales et sociaux. Les deux femmes arrivent rapidement, rejointes par des DS provenant d’autres syndicats de la région.
Dans les heures et les jours qui suivent, les DS provenant à la fois de l’usine de General Dynamics et d’autres syndicats de la région sont à l’œuvre pour soutenir les travailleur.euse.s affecté.e.s, dont plusieurs sont en état de choc.
« Je me rappelle un travailleur… la seule affaire qui réussissait à le calmer, à le tenir en équilibre, c’était de respirer au rythme de la respiration guidée de ma montre », illustre Carole-Agnès Desabrais, qui a passé un mois à l’usine de munitions General Dynamics pour appuyer les DS.
Une sensibilité aux aguets
L’événement traumatisant fait parfois ressortir chez certaines personnes d’autres difficultés personnelles. « Aussitôt que j’avais quelques minutes, j’allais voir dans les départements et je leur disais : “C’est dur pis on va le vivre ensemble, on est une grande famille et on vit tou.te.s la même chose” », confie Johanne, appelée affectueusement la mère des DS.
Le plus inquiétant, c’est la souffrance silencieuse. « Il ne faut pas juste porter attention à celles et ceux qui parlent et qui pleurent. L’isolement peut être ben dangereux. À un moment, on a remarqué qu’une personne n’était pas à son poste depuis deux heures. Elle était partie dans son auto », se souvient Johanne, qui se rappelle la reconnaissance de cette personne lorsqu’elle a constaté qu’on s’inquiétait pour elle.
Le regard de Johanne témoigne de l’empathie de la déléguée sociale. Mais surtout, la dame sait écouter : « Soyez juste humain.e.s, à l’écoute, ça vaut de l’or. Les gens ont besoin de savoir qu’on est là pour les soutenir, qu’on cherche à les comprendre », explique Johanne lors d’une formation.
L’équipe des DS essaie de tirer des enseignements de cette horrible épreuve. On a tenté de mettre par écrit dans un plan ce qui a été appris. Avec qui communiquer et dans quel ordre ? Qu’est-ce qu’il faut mettre en place rapidement, puis dans les jours qui suivent ? L’équipe cherche à anticiper les réactions à un drame qu’on espère ne jamais revivre.
L’équipe grandit
Partie d’une équipe de 2 il y a une vingtaine d’années, cette section locale de 500 membres compte maintenant 19 DS avec des profils diversifiés, choisis avec soin par Johanne Rainville.
Une formation sur l’anxiété
Une dizaine de délégué.e.s sociales et sociaux de l’usine General Dynamics à Repentigny (SL 9238) se sont réuni.e.s par une belle journée de mars à l’occasion une conférence sur le mal de l’heure : l’anxiété. Le conférencier Patrice Beaudoin, qui se décrit comme un « coach en potentiel humain », n’y va pas par quatre chemins : l’anxiété est une « émotion normale », qui nuit lorsqu’elle prend trop de place. Impossible à faire disparaître, on peut la « gérer » en étant dans l’action, « en vivant de nouvelles expériences », explique-t-il.
Rumination du passé, anticipation exagérée de l’avenir, émotions refoulées ; voilà autant de mécanismes qui alimentent l’anxiété. « Parfois, on a comme un cheval fou dans la tête. Il ne faut pas croire tout ce que notre tête nous dit », précise le coach. Il invite notamment à accueillir les émotions, à mieux respirer pour s’ancrer dans la réalité et le moment présent, à nommer ce pour quoi on a de la gratitude, à écrire ses intentions et ses bons coups de la journée et, surtout, à « passer à l’action » pour combattre l’anxiété. « Il faut avoir de la discipline », conclut Patrice Beaudoin.
Pour lire les autres textes du dossier sur les DS :
- Les DS, le cœur de notre action syndicale
- Sobre, il donne au suivant
- Une infirmière à l’écoute
- Choc post-traumatique et pression de production à la mine
- Michaël rend la pareille
- Un filet quand survient une tragédie
- Un début de mandat en situation de crise
- Les défis changent, les DS sont toujours à l’écoute
Cet article fait partie de la dernière édition du magazine Le Métallo.
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